Location de Particulier à Particulier

Vu les tarifs prohibitifs de location en Méditerranée, j’ai souvent choisi ce mode de location pour naviguer l’été sur la Grande Bleue. L’avantage est surtout le prix, puisqu’en gros, vous pouvez prétendre à 50% du tarif demandé par les agences qui ont pignon sur rue. En couple avec 3 enfants, j’ai toujours loué des bateaux entre 35 et 40 pieds et c’est le segment que je connais le mieux.

Il faut résister à la tentation du règlement « au noir » qui vous prive de toute action contre le propriétaire si la location se passe mal. Mais il faut avouer qu’une partie du montant de la location en « liquide » aide souvent la négociation pour diminuer le prix. Le plus souvent, le propriétaire-loueur a imprimé un contrat-type trouvé sur internet et vous le fera signer. C’est en principe obligatoire car en cas de contrôle par les affaires maritimes, vous devrez présenter le contrat de location. Je ne me suis fait contrôler qu’une seule fois en 20 ans, au mouillage en Corse, par les douanes,  sûrement parce que j’étais à couple avec un bateau immatriculé en Belgique… Si le règlement se fait « au black », ce contrat est déchiré à la fin de la location si tout s’est bien passé, et votre chèque vous est rendu contre une somme moindre en liquide… Je ne peux trop vous conseiller de ne pas accepter de régler la totalité de cette manière…

L’autre avantage de la location de PàP est de naviguer sur des bateaux souvent mieux équipés que les voiliers des agences traditionnelles. Ainsi, j’ai parfois trouvé l’AIS à la table à carte alors que cet équipement est très rare sur des unités de location.

On trouve maintenant des propositions de location de PàP partout, mais surtout sur le net. Certains sites se sont spécialisés dans cette voie. Vous n’aurez donc aucun mal à trouver des petites annonces. Pour ma part, j’ai toujours trouvé assez facilement dans les pages annonces de Voiles et Voiliers.

Comme la prestation n’est garantie que par la bonne foi du loueur, il vous faudra être très vigilant avant de signer et d’envoyer des arrhes. Voir le bateau est ce qu’il y a de mieux, mais c’est rarement possible. Faites vous envoyer plusieurs photos récentes de l’extérieur et de l’intérieur. Le montant de la location est souvent « tout inclus » à la différence de la location en agence où le prix de départ enfle avec les options. Il ne faut pas négliger de se faire envoyer « par écrit » tout ce que comporte la prestation :

-Annexe et son moteur

-Kayak et/ou paddle à bord

-Forfait consommable (piles, gaz)

-Forfait nettoyage

-présence d’un gennaker ou d’un spi (souvent une option assez chère)

-pleins d’eau et de carburant fait au départ, le bateau étant à rendre avec les pleins le plus souvent.

 

Il faut bien sûr vous faire préciser l’âge exact du bateau, car un bateau de 25 ans ne se loue pas le même prix qu’un bateau de 2 ans. Par ailleurs, il faut toujours négocier, quand vous louez plus d’une semaine, une réduction de tarif pour « longue durée ». Ainsi, le tarif « à la semaine » pour 3 semaines sera forcément plus avantageux. Il est vrai que le propriétaire ne devra pas faire de procédure d’arrivée et de départ pendant ces 3 semaines.

 

A titre d’exemple, j’ai loué un First 35 de 23 ans d’âge, en état moyen, 1200 euros par semaine, entre 2005 et 2008. Les 3 premières années se sont bien passées, malgré un bateau un peu vieillissant car mal entretenu. La dernière année a été plus difficile car le propriétaire exigeait le même prix alors même que la prestation n’était plus à la hauteur : voiles ne ressemblant plus à rien, douchette de pont supprimée sous prétexte qu’elle fuyait, reflux de fumée du moteur dans le carré, batteries usées, et j’en passe… Ca s’est arrêté là…

En 2011, j’ai loué un Sun Odyssey 40 de 20 ans en excellent état pour moins de 4000 euros pour 3 semaines, soit environ 1300 euros la semaine, destination la Corse. A Girolata, mouillage sans aucun accès par la route, nous sommes tombés en panne de démarreur, impossible de démarrer, même avec la combine du tournevis !!! la batterie moteur ayant rendu l’âme à cause d’un court-circuit quand le démarreur a flanché… Le propriétaire, rapidement contacté, s’est engagé par téléphone a prendre en charge les réparations que j’ai du entreprendre en Corse, sur présentations des factures. Au retour, tout s’est bien passé, il a tenu sa promesse.

En 2012, las des problèmes sur les bateaux anciens précédemment loués, je décide de louer un voilier récent, un Océanis 40 de 2011, mais forcément, le tarif augmente et, pour 3 semaines, je débourse un peu plus de 1800 euros la semaine, soit 5500 euros… un beau budget quand même !! mais qui n’a rien à voir avec les tarifs pratiqués par les agences de location… (Les tarifs vous sont donnés à titre indicatif, pour vous faire une idée…)

 

Aussi, n’oubliez pas de discuter avec le propriétaire de la conduite à tenir en cas de problème sérieux à bord. Vérifiez qu’il y a bien dans les papiers du bateau une attestation de l’assureur dont la présentation est également obligatoire en cas de contrôle, avec l’acte de francisation.

 

Documents administratifs obligatoires à bord, à présenter en cas de contrôle

- L’acte de francisation et le titre de navigation

- L’attestation d’assurance de l’année en cours

- Le contrat de location

 

Une fois sur place, le loueur doit vous faire une « prise en main » du bateau, qui consiste  à vous expliquer tout ce que vous devez savoir sur le fonctionnement du bateau. Voici les points qui me semblent importants à connaître avant de larguer les amarres :

 

-Fonctionnement du guindeau et surtout localisation du fusible si celui-ci saute, ce qui est fréquent si vous avez tendance à « tirer » dessus. (toujours soulager le guindeau en donnant des petits coups de marche avant, sur les indications de l’équipier qui est à la plage avant…) Vérifiez que la chaine est bien accrochée à un solide point d’ancrage dans la baille à mouillage.

-Localisation des coupe-circuits pour la batterie moteur et les batteries « services »

-Explication de tout le tableau électrique, faites vous donner des conseils sur la bonne façon de gérer l’énergie à bord. Par exemple : « Puis-je laisser tourner le frigo toute la nuit, ou dois-je l’éteindre avant d’aller me coucher ». Sachez de combien d’ampères vous disposez et repérez les gros consommateurs (essentiellement le frigo mais aussi le pilote automatique).

-Repérez les vannes d’eau et faites vous expliquer grossièrement le schéma de distribution de l’eau à bord, particulièrement si il y a 2 réservoirs d’eau. Aurez-vous à sélectionner le réservoir tribord ou babord, ou bien les 2 fonctionnent-ils ensemble ?

-Demandez à localiser les vannes des WC et des évacuations éviers, et demandez s’il est nécessaire de les fermer en navigation.

-Vérifier l’état des fonds en soulevant les planchers, surtout pour repérer s’il y a de l’eau…

-Faites vous expliquer le fonctionnement du moteur d’annexe et démarrez-le avec le loueur. Vérifiez l’état de l’annexe gonflée en principe.

-Démarrez le(s) moteur(s), notez le nombre d’heures-moteur sur votre livre de bord, au départ de votre croisière et de préférence tous les jours.

-Si la météo le permet, hissez les voiles pour vérifier leur état. Faites vous expliquer où se trouvent les différentes manœuvres. Si la météo ne le permet pas, mettez vous d’accord avec le propriétaire pour pouvoir l’appeler la première fois que vous mettrez les voiles pour lui signaler d’éventuelles anomalies.

-Je ne peux que trop vous conseiller de vérifier l’état de la coque, du safran et de la quille. Comme il est souvent interdit de plonger dans les ports, mettez vous d’accord avec le propriétaire pour pouvoir l’appeler après votre premier mouillage pour lui signaler d’éventuelles traces de choc ou autre que vous auriez repérées en plongeant avec PMT sous le bateau.

-si vous comptez faire une navigation de nuit, vérifiez les feux. Vérifiez le feu de mouillage.

-Faites vous particulièrement bien expliquer le fonctionnement d’équipements spéciaux, comme le chauffage, la climatisation, le dessalinisateur, le propulseur d’étrave, …

-Repérez la localisation des extincteurs, des gilets de sauvetage, des harnais avec leur longe, et si ce sont des gilets auto-gonflants, vérifiez la validité des cartouches de gaz.

-Demandez à vous faire expliquer le fonctionnement du 220V à bord, à quai, et éventuellement, quand c’est possible, en navigation (présence d’un convertisseur)

-Repérez la prise de quai pour le 220V, vérifiez que vous avez bien le cable électrique ad hoc, avec différents adaptateurs (La prise de courant sur les quais de Bonifacio n’est pas la même qu’à Propriano par exemple). Repérez les nables d’eau et de fuel et vérifiez que vous avez la clef à nable.

-Vérifiez que vous avez bien les pleins d’eau et de fuel, que vous avez un réservoir d’essence pour l’annexe et de l’huile moteur pour le bateau et pour l’annexe.

-Vérifiez la bouteille de gaz, repérez les vannes de gaz et la présence d’une bouteille de rechange. 

-Ouvrez la trappe à moteur, repérez les bouchons du réservoir du liquide de refroidissement, la jauge d’huile, vérifiez la tension de la courroie. Vérifiez les niveaux avec le propriétaire.

-Faites vous expliquer le fonctionnement des différents appareils électroniques : VHF, écran multifonction, GPS-routeur-traceur, AIS, etc, etc, … Vérifiez que les notices soient dans le bateau pour pouvoir vous y référer en cas de besoin.

 

Oui, je sais, ça paraît long et fastidieux mais en 20 ans de location, je pourrais vous donner une anecdote pour chacun de ces points… Une bonne prise en main du bateau dure un minimum d’une heure… Faire une bonne prise en main permet de partir serein en ayant déjà une bonne connaissance de votre bateau.

 

Cette prise en main doit se faire au mieux après avoir fait l’inventaire du bateau. Au départ, il est de votre responsabilité de vérifier que tout soit à sa place dans le bateau comme indiqué sur l’inventaire qui doit être signé au départ et au retour par les 2 parties. Le mieux est de le faire, bateau vide (pas encore chargé des bagages et de l’avitaillement), soi même ou avec le propriétaire. Prenez le temps de tout localiser, vérifier la validité des feux à mains, celle de la survie.

 

En tout, inventaire et prise en main bien faits vous prendront 2 heures environ. 2 heures, c’est beaucoup quand on arrive de loin et qu’on « encaisse » un gros décalage horaire avec des enfants qui courent partout, excités par un appareillage proche, mais 2 heures, ce n’est rien par rapport à la durée de votre croisière… Ces 2 heures sont le gage d’une croisière réussie et font partie de votre préparation avant de larguer les amarres…

 

A mon avis, cet inventaire et cette prise en main doivent être particulièrement soignés quand on loue de PàP pour minimiser le risque de désaccord au retour, certains propriétaires ayant parfois tendance à vous mettre sur le dos des avaries ou dysfonctionnements qui ne sont pas de votre fait. Tout ce qui aura été vu avant le départ devra être écrit dans le contrat ou l’inventaire. Soyez honnête au retour en signalant les petits dégâts, la casse et les dysfonctionnements dont vous aurez été responsables afin que le propriétaire puisse remettre le bateau en état pour le locataire suivant. Chacune des 2 parties a des droits mais aussi des devoirs… Le mieux est de consigner dans son journal de bord, obligatoire, tous les problèmes et les réparations que vous aurez eu ou faites à bord pendant votre croisière.

 

L’essentiel est de se sentir en confiance avec son loueur, mais aussi de savoir l’inspirer pour que celle-ci soit partagée. Après une dizaine d’expériences différentes, je n’ai jamais eu de gros problèmes avec les propriétaires qui m’ont fait confiance et je ne peux que trop vous encourager à essayer la location de PàP, à condition d’être vigilant et responsable, le principe étant de vous approprier le bateau et d’y faire attention comme si c’était le votre…

 

Bonnes navigations… !!!