Les Antilles

 

GENERALITES

1./ Conditions de navigation

2./ Mouiller aux Antilles

3./ Formalités de douane ou "clearances"

4./ Choix du bateau

 

1./ Conditions de navigation

L'arc antillais est une zone idéale de navigation qui ne pourra que vous combler. Elle est praticable de Décembre à Juiillet mais la période la plus favorable court de Décembre à Avril, lorsque les alizés sont bien établis. Ils soufflent du secteur Est, généralement entre 15 et 25 noeuds. C'est un vent régulier, assez prévisible, pouvant forcir sous les grains jusqu'à 30 à 35 Nds assez brutalement. La mer est généralement plate sous le vent des îles mais les creux atteignent fréquemment 2,5 à 3m dans les canaux entre les îles. La navigation est relativement simple à condition de ne pas manquer d'anticipation à l'approche des grains et se fait souvent à vue. Les calmes plats sont rares à cette période et apprêtez vous à potentiellement rencontrer des conditions sportives pendant toute la durée de votre séjour. Les îles sont alignées dans un axe Nord-Sud d'Anguilla au Nord jusqu'aux Grenadines au Sud. Vous devrez bien préparer vos attérissages car les cayes sont nombreuses à l'approche des mouillages, particulièrement dans des zones comme les grenadines ou Antigua-Barbuda. Certaines passes sont très délicates et devrons être pratiquées avec d'extrêmes précautions, à petite vitesse, à l'heure ou le soleil est le plus haut, avec un équipier à l'avant pour répérer et signaler au barreur les cayes les plus dangereuses pour le bateau. Prévoyez des temps de navigation entre 30' et 10-12 heures, vous obligeant parfois à partir de nuit pour ne pas passer toute la journée en mer, particulièrement si vous avez des enfants. 

De mai à juin, les vents sont moins prévisibles et des périodes de calmes peuvent survenir avec des vents de direction très changeantes, alternant avec des grains plus nombreux. S'en suit une période peu propice à la navigation, de août à novembre, c'est la période des cyclones, tant redoutée de tous les antillais.

 

2./ Mouiller aux Antilles

Je n'ai pas la prétention de vous donner des leçons sur la façon dont il faut mouiller son bateau aux Antilles. Ces quelques reflexions et conseils sont néanmoins issues des observations faites lors de mes différents voyages dans ces îles. Beaucoup de navigateurs s'essaient au catamaran pour leur croisière dans l'arc antillais. Ce bateau diffère du monocoque de par son poids, sa largeur, son fardage, son faible tirant-d'eau, et sa manière différente d'éviter au mouillage. La classique règle de mouiller une longueur de chaine équivalente à 3 fois la hauteur d'eau est largement insuffisante pour un catamaran. Il faut prévoir 4 à 5 fois la hauteur d'eau. Personnellement, j'ai une règle encore plus simple qui est: "Qui peut le plus, peut le moins", c'est à dire que je mouille toute la chaine tout le temps. Que de fois j'ai été surpris dans la nuit par un grain violent alors que la soirée était calme sous un ciel dégagé. Vous vous ferez surprendre à coup sûr à vous lever précipitemment en pleine nuit pour fermer les hublots alors que vous juriez d'un ton péremptoire la veille que tout le monde pouvait aller se coucher en toute tranquilité, hublots grand ouverts pour l'aération du bateau... Si l'alize est un vent stable, les grains sont fréquents et le vent peut forcir en quelques minutes pour atteindre 30 à 35 noeuds. Attention au dérapage !!! Malgré toutes mes précautions (et je suis un peu parano à ce sujet) il m'est arrivé plusieurs fois de déraper en fin de soirée ou en pleine nuit, comme  en 2009 à Petit-Saint-Vincent aux Grenadines où le mouillage est assez exposé aux vents d'Est. Depuis, je mouille toujours toute la chaine pour plus de sécurité.

Attention de prévoir la longueur de chaine necessaire pour frapper et déployer la patte d'oie qui est indispensable  pour repartir les forces de rappel du mouillage sur les 2 étraves plutôt que sur le guindeau. De ce fait, le cata sera beaucoup plus stable au mouillage en pivotant beaucoup moins sur son ancre. La chaine doit être molle, toute la tension étant répartie sur les 2 brins de la patte d'oie. Ainsi, le guindeau est soulagé et ... préservé!!! ce qui est très important, imaginez-vous relever le mouillage à la main à cause d'un guindeau hors d'usage...

Le guindeau ne doit jamais être utilisé sans avoir démarré et embrayé à 1500 tours le moteur sur lequel est installé l'alternateur ou la génératrice, généralement le moteur tribord, afin de disposer de suffisamment d'ampéres pour ce gros consommateur. Le risque est de faire disjoncter le fusible du guindeau. Pensez à toujours demander lors de la prise en main du bateau où est situé ce disjoncteur.

Aux Antilles où la température de l'eau est entre 24 et 28°C, je vous recommande vivement de ne pas faire l'économie d'un petit coup d'oeil à votre mouillage avant que tout l'équipage ne saute à l'eau, afin de vous assurer que l'ancre est bien enfoncée, que la chaine est bien déroulée sur le fond, qu'elle ne risque pas de se coincer sous un rocher ou ... dans le mouillage de votre voisin!! Si le mouillage tient à 10 noeuds, donnez vous toutes les chances qu'il tienne à 25 !!! Rien de plus désagreable de devoir re-mouiller en urgence en plein ti-punch du soir!!!

Une bonne solution pour que le skipper puisse dormir sur ses deux oreilles est de prévoir une alarme de mouillage. Ces petites applications sont bien utiles. Elles permettent de fixer la position GPS de votre bateau quand il vous semble mouillé correctement, manoeuvre terminée. Vous fixez une distance de sécurité, un type d'alarme et son volume, et celle-ci vous tirera du sommeil dès que le bateau s'écarte d'une distance plus importante que la distande de sécurité par rapport à la position initiale. Ces applications sont téléchargeables sur vos smartphones. J'utilise fréquemment Anchor Alarm sur I-Phone ou celle disponible dans le logiciel de navigation I-NavX pour I-Phone ou I-Pad. Un bon conseil, mettez là en route largement avant d'aller vous coucher, histoire d'avoir le temps de vérifier qu'elle sera bien reglée pour la nuit. 

Rien de plus rassurant pour le sommeil du skipper que d'être amarré à un corps-mort. Encore une fois, allez vérifiez la ligne de mouillage, du noeud (en général un gros noeud de chaise sur un anneau métalique coulé dans un bloc de béton) jusqu'à la bouée. J'ai vu en 2010 un monocoque partir à la dérive à Tintamarre (Saint-Martin) avec la bouée du corps-mort sur lequel il était amarré quelques minutes plus tôt. Heureusement, c'était en pleine journée et l'équipage était à bord lorsque c'est arrivé. 

Si vous êtes en catamaran, ne jamais ceder à la facililté de frapper une amarre à une étrave, puis la passer dans la boucle, souvent textile de la bouée du corps-mort et venir la frapper à l'autre étrave. Inévitablement, l'amarre va raguer et coulisser dans la boucle et doucement la scier jusqu'à la rupture de l'amarre ou de la boucle. En 2012, aux Prickly-Pears (Anguilla), j'ai été réveillé à 23H30 par mon fils de 15 ans, effrayé, qui venait de constater que le catamaran voisin partait à la dérive droit sur les cayes, l'amarre ayant scié la boucle du corps-mort. En quelques secondes, par 20 noeuds de vent, le bateau est passé de l'avant sur l'arrière de notre cata, à 30m de distance. Malgré nos hurlements et la corne de brume, impossible de réveiller ses occupants. L'annexe à l'eau en quelques secondes, nous avons fait irruption sur le bateau au moment ou le skipper surgissait, hagard, à moitié nu, se demandant ce qu'il lui arrrivait. Là encore, pas de catastrophe, mais il s'en est fallu de peu, la caye étant à quelques mètres au moment où nous avons démarré les moteurs. 

Conclusion: une amarre ne doit jamais pouvoir coulisser sous peine d'une usure très rapide. Pour s'amarrer à un corps mort, préparez 2 amarres, chacune frappée à une étrave, les ramener et les préparer en tas sur un même coté du trampoline en veillant bien à les passer par l'extérieur du bateau. Un équipier s'allonge sur le trampoline, gaffe en main, pour attraper la boucle, puis y passe les 2 extrêmités des amarres qu'il aura soigneusement préparées ou qui lui seront tendues par un second équipier, à chacun ensuite d'aller frapper son amarre sur les taquets d'étrave, en pensant bien à les passer à l'extérieur du bateau.

Une autre solution, qui est très simple lorsqu'on manoeuvre seul un bateau, consiste à prendre le coffre sur l'arrière et de le frapper sur un des taquets au niveau de la jupe. La manoeuvre est certainement moins acrobatique. Le bateau est alors amarré par l'arrière. Attention, si cela est faisable par vent faible, il faut éviter ce genre d'amarrage par vent fort. La prise au vent est en effet beaucoup plus importante et toute la tension du mouillage reposera sur une amarre et un taquet. 

Une dernière solution, si on dispose d'une amarre suffisamment longue est de la frapper sur un taquet à l'étrave, de la ramener sur l'arrière en veillant toujours à la passer à l'extérieur du bateau (haubans, filières, etc, etc, ...), puis de prendre la bouée, et, pendant que le bateau recule sous l'effet du vent, de parcourir le pont vers l'avant pour aller frapper l'extrêmité sur le taquet à l'avant, le même, ou mieux sur un second taquet afin de répartir les forces. 

Dernières choses: le barreur, qui est souvent le skipper, ne doit jamais quitter la barre et les commandes moteur tant que la manoeuvre n'est pas complètement terminée, afin de pouvoir rattrapper un éventuel râté. Une manoeuvre réussie dans le calme des gens qui se comprennent sera toujours plus "classe" que celle faite dans les hurlements et les engueulades. Si elle est râtée, on fait un tour et on recommence... Il est recommandé d'emmener une bonne paire de gants de jardinage pour manipuler l'ancre et la chaine, cela évitera bien des bobos, qui dans l'eau de mer mettront longtemps à cicatriser. Et l'équipage ne doit jamais aller à la baignade tant que le bateau n'est pas complétement amarré, moteur éteint, sans l'aval du skipper... 

Bon, j'arrête de faire mon petit professeur, mais en définitive, une manoeuvre bien préparée est une manoeuvre à demi réussie. Expliquez à vos équipiers le principe de la manoeuvre, répartissez les rôles, et faites tout cela avec le sourire... on apprend toujours de ses erreurs!!!!

 

3./ Formailtés de douane ou "clearances"

En arpentant l'arc antillais, vous visiterez différents états dans lesquels il vous faudra faire des formalités d'entrée et de sorties, exactement comme vous le feriez lors d'un voyage en avion. Ces formalités s'appelent les clearances. Quand vous entrerez dans un pays, vous ferez la clearance d'entrée puis la clearance de sortie quand vous le quitterez. Il ne faut pas passer outre ces contraintes administratives sous peine de vous exposer à de sérieuses complications, j'ai entendu parler d'un skipper qui aurait passé une journée en prison à Antigua pour n'avoir pas fait ces formalités de douane, "pour l'exemple"... 

Les formulaires de clearance comportent une partie concernant le bateau, une autre concernant l'équipage. Les renseignements demandés sur le bateau figurent dans l'acte de francisation: type du bateau, numéro d'enregistrement, port d'attache, propriétaire, couleur de la coque, matériau de la coque, nombre, marque et puissance du ou des moteurs inboard et hors-bord, longueur du bateau, largeur, hauteur du mât, etc, etc, ... Sur l'équipage, il sera demandé le nom, prénom, fonction à bord, adresse, date et lieu de naissance, numéro de passeport, lieu et date de délivrance, date de fin de validité, etc, etc, ...

Ce formulaire est à faire bien sûr en plusieurs exemplaires avec des papiers carbone, au bic, en écrivant correctement, sous peine de recommencer!! Certains pays sont plus pointilleux que d'autre, Antigua détenant incontestablement la palme en ce domaine.

Selon la législation, à l'arrivée du bateau, seul le skipper est autorisé à mettre le pied sur le sol du pays visité pour accomplir ces formalités, le reste de l'équipage n'étant autorisé à débarquer que lorsqu'elles sont acquittées. A Antigua, on ne manquera pas de vous le rappeler si vous débarquez en groupe pour remplir ces fameux formulaires, j'en ai fait les frais en Juin 2012...

Dans toutes les îles françaises (Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélémy), ces formalités seront faites sur ordinateur, ce qui n'est pas forcément plus rapides (en Avril 2012, seul 1 poste fonctionnait sur les 3 à disposition à la Marina de Fort Louis à Saint-Martin). Pour ce faire, je vous conseille malgré le paragraphe ce dessus, de vous faire accompagner de votre second qui vous dictera les différents items que vous vous chargerez de taper sur le clavier... Depuis 2012, ces formalités sont payantes mais le prix est tout à fait abordable, environ 3 euros...

Dans les îles anglo-saxonnes, il faudra passer d'abord au bureau des douanes (customs), puis à l'immigration, et enfin devant le bureau des autorités portuaires, pour finalement vous acquitter d'une somme non négligeable. Ce d'autant plus que dans certaines îles, vous devrez acheter un permis de navigation pour accéder aux réserves marines, par exemple à Anguilla. Ces états ayant bien compris les bénéfices qu'ils pouvaient tirer de la plaisance, les parcs marins fleurissent d'années en années, les derniers en date étant ceux d'Antigua-Barbuda. Ceci dit, des infrastructures ont été mises en place, comme la vingtaine  de corps-morts de Green Island par exemple, permettant de protéger les sites et de sécuriser les mouillages, et quel skipper n'est pas content de trouver un bon corps-mort pour dormir sur ses 2 oreilles lorsque l'alizé souffle à 25 nds... A titre d'exemple, j'ai payé 180 US Dollars pour 3 jours à Anguilla en Avril 2012, pour 9 personnes, 2 couples avec 5 enfants entre 10 et 16 ans. C'est le prix à payer pour avoir un beau tampon sur votre passeport !!

Quand vous quittez le pays, vous devez repasser par un bureau de douane pour obtenir la clearance de sortie, sésame obligatoire pour entrer dans l'état suivant, et sans lequel vous prenez grand risque de vous faire refouler. La clearance de sortie est gratuite. 

2 conseils pour vous faciliter la tâche:

- procurer vous le "custom form" international type admis dans tous ces états (je vous l'envoie en format excel sur simple demande par mail à tmeurice@wanadoo.fr), remplissez le à l'avance chez vous avant de partir, en police de taille assez grande (12 par exemple), un fonctionnaire d'Antigua m'ayant repproché en juin 2012 d'avoir écrit trop petit !!! Emmener avec vous 5 à 6 exemplaires par îles visitées, cela vous evitera de remplir les fastidieuses listes d'équipage avec les dates de naissance, numéros de passeport, etc, etc, ... 

-remplissez le formulaire de clearance sur le site internet "https://www.eseaclear.com" uniquement valable pour Antigua-Barbuda. Vous pouvez le faire depuis chez vous, avant de partir. Pour cela, il vous faudra récupérer une copie de l'acte de francisation auprès de l'agence de location, et remplir les différentes pages web concernant le bateau et l'équipage. L'idée est séduisante et vous permet de gagner un temps précieux une fois sur place. Vous trouverez dans la page "Antigua" toutes les infos sur les nouveautés à ce sujet. 

Sur mes 12 croisières dans l'arc antillais, je ne me suis jamais fait contrôler, mais je n'ai jamais pris le risque de ne pas faire ces formalités, sauf peut être lorsqu'il s'agit de quitter un état pour rentrer dans une île française pour rendre le bateau à l'agence avant de monter dans l'avion du retour en Métropole...

Ces formalités sont contraignantes et il faut les avoir à l'esprit lorsque vous finalisez votre itinéraire. En effet, n'oubliez pas qu'il vous faudra parfois faire marche arrière ou allonger la route pour repasser par le bureau de douane avant de poursuivre votre route. Et prévoyez le budget nécessaire.   

 

4./ Choix du bateau

A mon avis, le catamaran est le bateau le plus adapté pour les Antilles. Rapide, stable, avec un grand cockpit, un tirant d'eau faible, c'est le bateau idéal surtout pour les croisières familiales avec des enfants. Les jupes se révelent vite indispensables et deviennent le lieu "à tout faire": vaisselle, toilette, baignade, pêche à la traîne, etc, etc, ... Le nombre de catamarans à la location aux Antilles finira de vous convaincre, mais attention, vous risquez très vite de devenir fan et d'abandonner tout aussi vite vos bons vieux monocoques!!